Quelles solutions contre la pollution plastique ?

Mis à jour : mai 11


  1. En 2050, il y a aura (en poids) plus de plastique que poissons dans les océans…

  2. Ok mais c’est pas avec du tri et des fruits secs en vrac qu’on va sauver les océans !

  3. Bah c’est un début, non ?

  4. Mais docteur, avec tout ce plastique c’est foutu !? Pas de panique, on a un nouveau traitement ré-vo-lu-tionnaire : les enzymes !

  5. Oui mais bon, c’est pas gagné quand on voit tous les autres plastiques ! Faudrait pas PET plus haut que son c** !

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S’il y a bien un matériau qui caractérise notre époque, c’est le plastique.

Ce nom recouvre une large variété de polymères issus des ressources fossiles qui ont envahi nos vies, de l’emballage le plus éphémère au composant le plus high tech. Le déchet plastique pose aujourd’hui de grave problèmes environnementaux et sanitaires. Sa persistance dans le milieu, sa faculté de dispersion, sa toxicité en font un défi majeur pour l’ensemble de la société.


En 2050, il y a aura (en poids) plus de plastique que poissons dans les océans…


Environ 8 millions de tonnes de plastiques finissent dans l’océan chaque année, c'est l'équivalent d'un camion poubelle déchargé en mer chaque minute.


Les plastiques représentent 80 % des débris marins, proches de la surface pour la plupart, mais capables aussi de déscendre jusqu'au plancher océanique. Ils tuent d’innombrables espèces marines. Poissons, tortues, mammifères marins, oiseaux… ingèrent des plastiques ou s’y trouvent piégés comme dans les filets de pêche ou les sacs.


Dans la nature et surtout dans l’océan, les plastiques ne se décomposent que très marginalement. En fait, ils se fragmentent jusqu’à devenir microscopiques, ce qui augmente leur toxicité. Ils s’accumulent dans les organismes et remontent la chaîne alimentaire, empoisonnant tous les animaux jusqu’aux humains. De nombreuses molécules sont connues pour leurs effets sur la santé. Les phtalates, par exemple, sont des perturbateurs endocriniens qui peuvent provoquer des malformations ou une baisse de la fertilité.


Des études récentes montrent que les micro plastiques sont partout, même en Antarctique, même dans l’air… Oui, on en respire !






Ok mais c’est pas avec du tri et des fruits secs en vrac qu’on va sauver les océans !


Bah c’est un début, non ?


Néanmoins la gestion du plastique n’est pas la même partout. Si en Europe de l’Ouest il ne finit « pas trop » dans la nature, la tendance en Asie ou en Afrique est bien pire. Au total, la situation s’aggrave pour la planète.


Face aux continents de plastiques qui s’accumulent dans les océans, de nombreuses initiatives ont vu le jour ces dernières années à différentes échelles.


L’ONG néerlandaise The Ocean Cleanup travaille à la conception de bouées géantes équipées de filets et placées à des endroits stratégiques appelés gyres où les courants ont tendances à regrouper les plastiques en gigantesques plaques dont la plupart flottent près de la surface. Il s’agit d’un système passif mû par le courant et ralenti par une ancre pour conserver les débris dans les bouées. D’après les concepteurs, cette approche est la plus pertinente pour s’attaquer aux cinq continents de plastique. A terme, l’organisation espère nettoyer 50 % du gyre du Pacifique en 5 ans. Ils annoncent même une diminution de 90 % du plastique total des océans en 2040 une fois toute la flotte déployée et à condition d’une réduction des sources de pollution.


Waste Free Oceans, une organisation belge, propose quant à elle un collecteur de plastiques aux pêcheurs, qu’ils peuvent attacher derrière leur bateau. Ce collecteur est une sorte de bouée en forme de C avec un filet qui descend à 70cm sous la surface. Ils pourraient ainsi remonter entre 2 et 8 tonnes de débris par jour.


L’ONG The Seacleaners mise sur la construction d’un double catamaran équipé de tapis roulants entre ses coques pour la collecte dans l’eau et d’un système de compactage pour stocker 600m3 de déchets à bord.


Des dispositifs sont également mis au point pour collecter les déchets dans les fleuves et les rivières. Les grands fleuves d’Asie et le Nil sont aujourd’hui les principaux vecteurs de déchets plastiques vers les océans.


Le plastique ainsi ramassé est destiné au recyclage.


Alors que la dépollution des océans est encore embryonnaire, aucune contrainte ne pèse sur les fabricants, qui continuent de produire des plastiques par milliards dont les compositions, les assemblages, les formes, les couleurs empêchent leur recyclage ou le rend très compliqué. Un certain nombre de ces plastiques sont inutiles, ou d’un intérêt très limité pour l’individu, rapporté à leur impact environnemental et la charge que leur gestion fait peser sur la collectivité et la Terre.


Mais docteur, avec tout ce plastique c’est foutu !? Pas de panique, on a un nouveau traitement ré-vo-lu-tionnaire : les enzymes !


D’abord, pourquoi des enzymes ? On recycle déjà le plastique non ?


Oui et non, car avec la méthode classique de pyrolyse (où le plastique est fondu) les polymères perdent en qualité et au bout de quelques cycles, généralement 2 ou 3, on ne peut plus en faire grand-chose.


Une bouteille d’eau pourra devenir une laine polaire, qui continuera au passage de polluer l’eau par les particules qu’elle relâche à chaque lavage. Et comme les plastiques existent en une multitude de couleurs et qu’au recyclage le mélange devient noir, les industriels préfèrent utiliser du plastique vierge tout droit issu des hydrocarbures.


En plus, le plastique souillé qui a passé du temps dans la nature (dans la terre, au soleil, dans l’eau) ne se prête pas bien au recyclage. C’est là que les enzymes peuvent être très utiles.

Il y a quelques années donc, des chercheurs japonais ont découvert la petite Ideonella sakaiensis dans une décharge d’ordures. Cette bactérie a la faculté géniale de digérer le PET (polyéthylène téréphtalate), le plastique des bouteilles d’eau.



Elle ressemble grosso modo à ça la petite Ideonella, en plus petit, c'est une bactérie.



Après quelques bidouillages dans le microbe, les chercheurs ont réussi à lier les deux enzymes naturellement présentes mais jusque-là séparées, la PETase et la MHETase pour décomposer la structure cristalline du PET en quelques jours. Résultat, les bactéries cassent le polymère en deux monomères, acide téréphtalique et éthylène glycol, plutôt bénins pour l’environnement. Grâce à d’autres enzymes, les deux molécules pourraient ensuite être dégradées en carbone plus simple jusqu’à réintégrer le cycle naturel ou être recombinées pour former un PET de même qualité que l’original.


C’est ce qu’ont réussi à faire, plus récemment, des chercheurs français en sélectionnant une enzyme encore plus performante. Issue de tas de compost et baptisée LLC (leaf compost cutinase), elle est à l’origine spécialisée pour une autre chaine carbonée complexe : la cutine, couche cireuse qui protège les parties aériennes des plantes. L’enzyme est stable à 72°C, température quasi parfaite pour la dégradation. L’expérience japonaise butait sur la destruction des enzymes à 65°C. Alors pourquoi viser une telle température ? Parce qu’avec la chaleur, la viscosité du PET facilite sa dégradation par les enzymes, ce qui accélère la réaction. Du coup, les chercheurs français ont pu hydrolyser quelques grammes de PET en 10 heures et atteindre 90 % de dépolymérisation. C’est 10 000 fois plus rapide que les expériences précédentes. L’acide téréphtalique et éthylène glycol obtenus ont permis de recréer du PET d’aussi bonne qualité que du PET vierge, en conservant la transparence d’origine.


Oui mais bon, c’est pas gagné quand on voit tous les autres plastiques ! Faudrait pas PET plus haut que son c** !


Le plastique est fabriqué à partir de pétrole, de gaz ou de charbon. Et il n’y a pas que le PET, ce sont en fait DES plastiques aux propriétés très différentes qui compliquent leur traitement. Citons par exemple le PEHD, PELD, PP, PS, PSE, PVC.


Un autre plastique, le polyuréthane (PU), pourrait bientôt être digéré. Des chercheurs d’Allemagne ont découvert qu'une bactérie du genre Pseudomonas (une cousine de Pseudomonas syringae, qui fait la pluie, mais pas le beau temps dans les forêts), déjà connue pour sa résistance aux hautes températures et aux milieux acides, serait capable de manger du PU.


Elle est aussi capable de dégrader plusieurs précurseurs (molécules intermédiaires qui servent à la formation du PU) des différents types de polyuréthanes et qui contiennent du toluène, une molécule très toxique. Et en plus, n’en jetez plus !, elle pourrait aussi dégrader certains additifs toxiques du polyuréthane. En gros, elle peut festoyer sur ce plastique qui lui apporte toute l’énergie et le carbone nécessaires à son métabolisme.



Les avancées dans le domaine de la biodégradation du PET et du PU et sont encourageantes et laissent espérer que d’autres polymères comme le PP (polypropylène) qui constitue les masques anti Covid seront aussi traités efficacement. En attendant, près de 200 millions de masques, en PP, et gants chirurgicaux, en PVC, sont utilisés chaque mois dans le monde.


Certains sont incinérés, d’autres enfouis et beaucoup finissent dans la nature. Des recherches ont montré que la pyrolyse du PP et du PVC permettrait d’en récupérer 75 % sous forme de pétrole et 10 % de charbon. Le reste est constitué de gaz non exploitables.


Là encore, des solutions techniques existent, mais elles sont prises de cours par la mauvaise gestion individuelle et collective des productions, donc des déchets, car la fin de vie du produit est trop souvent ignorée dans sa conception.


Le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas ! Et les solutions sont nombreuses, on explore cela dans le prochain article...


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Article : Quelles solutions contre le plastique ?



Rédaction : Christofer Jauneau

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Sources :

The Guardian | UNenvironment | sciencemag | Carbios | IUCN | sciencemag | The Guardian | The Guardian | Polymedia | Pubmed | Frontiersin | Nature | Environmentalsystemsresearch