L'avocat : pas si vert qu'il n'en a l'air

Mis à jour : nov. 20




Cette semaine c'est l'avocat que l'on passe au crible. Nous répondons à la question posée par Lucile sur Instagram.


L’avocat c’est LE fruit tendance ces dernières années. Plus de 8 millions de photos sur Instagram lui sont dédiées. L'allié beauté, minceur et santé, a été propulsé sur le devant de la scène dans les années 2000, pour devenir le super fruit aux milles vertus. Plébiscité et mis en avant par les végans et végétariens, l’envolée de la consommation d’avocat en Europe et aux Etats-Unis, n'est pourtant pas sans conséquences sur l'environnement.


Pourquoi l’avocat, fruit presque inconnu de nos grands-parents, s’est imposé partout ? 




L'argument santé


Les années 2000 marquent la fin de la haine du gras aux Etats-Unis. En effet, les américains changent de politique nutritionnelle. Le sucre commence à être pointé du doigt comme cause de l’obésité et le gras cesse d'être le seul coupable. Ce phénomène s'illustre, par exemple, avec l'augmentation de la consommation de beurre aux Etats-Unis au détriment de la margarine. 👀



L'avocat est vanté pour ses qualités nutritionnelles, mises en avant par de nombreuses stars. Il est présenté comme une alternative alimentaire par la tendance "healthy" et les végétariens et végans. Ces atouts sont aussi mis en avant par le lobby de l'avocat, la “World Avocado Organization”, (si, si, ça existe). Sur leur site, c'est l'argument santé qui est prégnant. Manger un avocat permettrait de "Prendre soin de soi" ("Cuidate", site en espagnol). Comme tout lobby, son but principal n'est pas tant notre santé sinon d'inonder les marchés.







L'argument santé, la promotion de ses bienfaits par des stars, mènent à une véritable mode alimentaire à l'allure "green". Très peu consommé auparavant, il devient le fruit le plus publié sur Pinterest en 2015. Sa consommation en Europe a plus que triplé en 10 ans, passant de 202 millions à 650 millions de tonnes consommées entre 2008 et 2018, selon l'un des portes paroles de la WAO !

En France (premier consommateur européen), la consommation augmente de 30 % seulement sur une année (de 2017 à 2018).



Source : Le Parisien


Oui, l’avocat a de très bonnes qualités nutritives mais en fait comme tous les fruits et légumes.

Qu'est-ce qu'un "super fruit" ? La pomme du verger de mamie ou bien les noix que nous pouvons produire ici, sont eux aussi riches en antioxydants, vitamines ou "bons gras". Ces fruits sont certes moins sexy car ils ne bénéficient pas du même engouement médiatique et qu'ils sont moins exotiques.



Qu’est-ce qui pose problème ? 


L'explosion de la consommation aux Etats-Unis et en Europe suppose une augmentation de la production considérable qui n'est pas sans conséquences écologiques. 🆘


Un fruit qui demande beaucoup d'eau


Selon une enquête menée par le journal allemand Die Zeit, en moyenne dans le monde il faudrait 1 000 litres d'eau pour produire un kilo d'avocats, 🥑 contre 180 litres d'eau pour faire pousser un kilo de tomates 🍅 et 130 pour un kilo de salade 🥗 , soit 5,5 et 7,7 fois plus d’eau ! Or, l'eau est souvent rare dans les régions de production.


Bien-sûr la production d’avocat demande moins d’eau que la production de viande 🥩, mais tout de même, l’empreinte eau de 🥑 est très importante. Elle suppose aussi que seules les grandes exploitations riches peuvent être capables de produire ce fruit en quantité, au vue des investissements conséquents nécessaires pour l'irrigation des avocatiers.




Source : CBC




Lors de nos recherches nous avons constaté certaines disparités dans les chiffres donnés quant à l'eau nécessaire pour la culture de l'avocat. Cependant, toutes les évaluations s'accordent pour dire que cette culture demande plus d'eau que d'autres cultures.



La déforestation 🌳


Aussi, pour étendre toujours plus les cultures il faut empiéter sur les forêts. Dans certaines régions, comme au Michoacán, au Mexique, entre 600 et 1000 hectares de forêts primaires seraient détruites pour ce motif chaque année selon l'Institut National d'Investigation sur les Forêts, l'Agriculture et la Pêche.


La déforestation consiste à la destruction des arbres de ces forêts pour les remplacer par des avocatiers. Même si ces pratiques sont théoriquement interdites et les forêts protégées, il existerait plus de 20 000 hectares de cultures illégales d'avocat dans cette région qui est une des premières productrices Mexique.




Deux techniques sont alors utilisées.

Soit, les des avocatiers sont plantés illégalement auprès des arbres des forêts primaires, puis ces derniers sont coupés une fois que les avocatiers ont poussés . Une mono-culture remplace donc petit à petit des forêts primaires protégées riches en biodiversité.


L'autre technique pour planter sur des forêts protégées est l'usage d'incendie. Des départs d'incendies volontaires ont lieu dans l'objectif d'introduire la culture de l'avocat une fois les arbres des forêts primaires brûlés. Brûler les forêts volontairement pour y introduire une culture intensive et lucrative est une pratique qui a été dénoncée au Brésil par exemple.



Le transport 


Bien que le transport ne soit pas pas le poste le plus important dans l'empreinte carbone de l'avocat, il faut souligner que ceux venant d'Afrique du Sud voyagent pendant 26 jours sur des paquebots réfrigérés à 6 degrés. S'il est possible de cultiver l'avocat en Espagne, la plupart des avocats sont cultivés à l'autre bout du monde, mais comme nous l'avons vu dans l'article sur l'agriculture biologique et conventionelle (18.08.2020), le mode de culture pèse plus dans l'empreinte carbone du fruit son transport.



Le mûrissage


Le murissage est un procédé qui a aidé à populariser l'avocat. Aujourd'hui les avocats sont presque murs lorsque qu'ils se retrouvent sur les étalages (les petites étiquettes "Mangez moi"vous rappelle peut-être quelque chose ? 🤔).

Cette technique assez récente permet de ne plus devoir attendre une semaine avant de manger un avocat après son achat, ce qui était le cas pour nos parents.

👉 En effet, les avocats sont cueillis verts sur l'arbre. Le mûrissage consiste à stocker les avocats pendant plusieurs jours dans de grands hangars dans lesquels de l'oxyde d'éthylène est pulvérisé. 🆘 Ce gaz, inoffensif à petite dose mais utilisé comme antifongique dans l'agriculture, est celui qui se dégage des fruits trop murs. Les avocats restent en moyenne six jours en mûrisserie à une température qui varie entre 6 et 25  degrés. La partie mûrissage représente donc une part importante dans l’empreinte carbone de l'avocat, presque équivalente aux émissions émises pour sa culture. 



L'emballage


L'avocat est un fruit extrêmement fragile. Il est donc soigneusement emballé lors de son transport comme lors de sa commercialisation. L'emballage (souvent en plastique) constitue le troisième poste de l'empreinte carbone de l'avocat.


Répartition de l'empreinte carbone de l'avocat

Source : Le Parisien


La culture (25,7 % des émissions) pèse autant que le mûrissage (25,7 %). Le troisième poste est l’emballage (17,9 %), le quatrième, la conservation réfrigérée en magasin et à la maison (16,3 %). Ensuite seulement vient le transport (8,8 %).


Que faire ?


Boycotter ?  C'est le choix de certains chefs qui ont décidé de retirer l'avocat de leurs cartes. Cependant, cela semble un choix manichéen et compliqué car la culture de l'avocat constitue une énorme filière et elle fait vivre de nombreuses personnes.





Acheter local ?


La culture la plus proche de chez nous est en Espagne. C’est d'ailleurs le choix que font certains magasins comme BIOCOOP, qui ne propose que des avocats d'Espagne (et donc pas toute l'année). Cependant, le climat n'est pas très humide ce qui suppose une grosse consommation d’eau et des conséquences sur les populations locales.


Aussi, comme nous l'avons déjà évoqué dans un article précédent, le local n'est pas synonyme d'une pollution moindre à un niveau macro, car le transport pèse moins dans l'empreinte carbone d'un aliment que son mode de production.



Changer de regard sur notre alimentation et valoriser ce que nous avons


S'engager dans une alimentation durable suppose une valorisation des fruits et légumes que nous avons à portée de main. Nous pourrions peut-être commencer par s'interroger sur la provenance et le mode de production de ce que nous achetons, en privilégiant de consommer de saison, de proximité et biologique tout en prenant du recul face aux modes alimentaires.


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Écrit par Lucie

Relu par Mathieu et Juliette

De Hebdo Ecolo, la communauté du progrès écologique.

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Sources :


BBC | CBC | Courrier international relait l'enquête de Die Zeit :"L’avocat, un délicieux désastre écologique", Elisabeth Raether, 17/11/2016, sur laquelle est largement basé ce post, remerciement spécial à Hugo pour son partage | Goodplanet info | lsa-conso.fr, interview d'un des porte parole de la WAO | L'infodurable.fr | Le Monde | Mmetrotime.be | Nouvelobs | Site de la World Avocado Organization | Site de l'ONG qui travaille sur l'empreinte eau : waterfootprint.org | Slate | The Guardian | www.agenceecofin.com



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